Cheyenne

Cheyenne
Just another life

Lo sous l’eau

septembre 8th, 2016

Quand j’ai donné ma démission du métier que j’aimais par dessus tout, j’avais 2 pistes de sortie.

La 1ère était un poste en compagnie de CRS pour prendre la gestion du mess.

SI cela ne fonctionnait pas, j’avais un plan B. Mon père m’avait promis une somme d’argent en héritage de ma grand mère. Cette somme aurait été suffisante pour monter mon affaire, me mettre à mon compte.

Mais voilà, rien ne s’est déroulé comme prévu.

Je n’ai pas eu le poste en CRS.

Mon père ne m’a pas donné cette somme prévue. A t il eu vent de mes intentions de me mettre à mon compte ? Il était contre. Alors, il a décidé de ne me donner que la moitié et en 10 fois…..pour m’aider à payer mon loyer, a t il dit.

Sauf que m’aider à payer mon loyer, ne m’aidait pas à me rendre de nouveau autonome comme je l’ai toujours été.

J’ai accepté un boulot de surveillante dans un lycée professionnel.

1100 euros par mois pour un temps plein car les surveillantes ne sont pas considérées comme des enseignants ayant droit à tous ces congés scolaires. Du coup, le salaire est annualisé pour déduire tous ces congés indus.

Alors, forcément, 1100 euros par mois quand on a déjà 600 euros de loyer, 80 euros d’assurances, 90 euros de mutuelle, 20 euros de tél portable, 30 euros d’internet, plus l’eau, l’électricité, le simpôts sur le revenus de l’année précédente, la taxe d’habitation, le compte est vite faite, reste zéro pour manger. Encore moins pour vivre.

Après avoir vendu mon véhicule, puis ma moto, j’ai du me résoudre à rendre mon appartement.

Je n’ai même pas réussi à vendre mes meubles pourtant bradés. J’ai même voulu les donner. Mais que dalle, alors j’ai stocké toutes mes affaires dans le garage et la cave de ma mère.

Et comme une âme en peine, suis montée habiter chez ma mère (son appart était au 4eme étage de l’immeuble que j’habitais). Quelle humiliation de de voir retourner habiter chez sa mère à 46 ans…..

Quelle honte de croiser les voisins….

Puis, un soir, un orage a éclaté. C’était la nuit du 3 octobre 2015.

Nous venions de finir de manger avec ma mère.

La foudre s’est abattue sur le transfo de l’immeuble. Nous nous sommes retrouvées dans le noir absolu, juste éclairées par les éclairs foudroyants.

On observaient le spectacle. Nous n’avions jamais vu ni l’une ni l’autre autant d’éclairs, aussi rapprochés les uns des autres.

Nous avons fini par aller se coucher, elle dans sa chambre, moi dans le salon.

Ca tonnait comme jamais. L’orage s’est dissipé pour revenir quelques minutes après, tout aussi puissamment.

Puis j’ai commencé par entendre des va et viens anormaux dans la cage d’escaliers. Quelques instants après, j’ai aperçu la lumière de gyrophares dans la nuit noire.

Me suis levée pour regarder par la fenêtre. Je ne pouvais voir la voiture de police ou de pompiers, juste la lumière virevoltante.

Tout à coup, mon regard s’est focalisé sur ce que je pensais être un effet d’optique. Je ne voyais plus les poignées des portes de garage…..comment était ce possible ?

Je suis alors descendue voir ce qu’il se passait dehors…..

Un désastre…..1m50 d’eau inondait la partie des garage et la rue….les voitures étaient empilées les une sur les autres…..les gens paniquaient, criaient.

Au loin, j’ai reconnue la voix d’une amie qui hurlait : »non, n’y allez pas, c’est déjà inondé ! ». Trop tard, la voiture s’est engouffrée dans le tunnel. Ils sont mort tous le s3 dans leur voiture, emportés par une seconde vague de boues et d’eaux sales.

Suis revenue à l’immeuble. Et là, j’ai réalisé….je venais de perdre TOUT dans le garage de ma mère et sa cave : meubles, fringues, papiers, souvenirs, bibelots, tableaux, photos…..TOUT.

Il ne me restait donc : ma chatte Gali, mon ordi, mon sac à main et une valise de fringue d’été que j’avais chez ma mère.,,,,

Je vous épargne les jours qui ont suivi : les jours et les nuits sans électricité, la puanteur partout des eaux usées, des égouts, l’absence d’aide physique, devoir monter à Carrefour en stop pour acheter des bottes en plastique, essayer de nettoyer l’impossible car 2m d’eau dans la cave…..

Un couple d’amis, Anne-Marie et Xavier, sont venus nous chercher toutes les deux pour nous emmener manger un repas chaud. C’est là que nous avons appris que notre commune n’était pas la seule touchée, qu’il y avait 21 morts ( dont 3 à côté de nous ), que l’aide n’était pas prête d’arriver.

Puis mon anniversaire est arrivé. Le 7 octobre.

4 jours après les inondations.

Nous devions manger en famille, ma mère, ma sœur, mon père, au restaurant.

C’était surréaliste déjà en soi.

Mais un espèce d’abruti, du haut de son balcon m’a jeté un molard sur la gueule ! Ce n’était pas moi en particulier qui était visée. Je lui ai juste dit : »OH ? La rue n’est pas encore assez dégueulasse? »

Monsieur n’a pas aimé ma réaction et est descendu de son étage pour me péter la gueule.

Je ne me suis pas laissée faire évidement.

Ca n’a pas plus à ma sœur, ni ma mère, que je crie.

Elles n’ont jamais comprit que j’ai crié, hurlé même, pour ameuter du monde. Le type avait 2 têtes de plus que moi. J’étais épuisée des 4 jours passés. Et de toutes façons, après avoir tout perdu, je n’étais pas d’humeur à me faire insulter et menacer de mort par un abrutit !

Résultat des courses, ma sœur m’a demandé de « dégager », ce que j’ai fait…..et ma mère m’a sommée de voir un psy !!!

J’ai passé une nuit dehors, à errer sur le bord de mer, marcher pour ne pas m’endormir.

Le lendemain, j’ai loué un voiture pour ne pas dormir dehors une nuit de plus et pouvoir récupérer le peu qu’il me restait en linge d’été.

Un autre couple d’amis, Laurence et Christophe, m’ont prêté de l’argent en urgence, ce qui m’a permis de me loger en meublé 2 mois.

Je ne pourrai jamais oublier ces 2 nuits passées comme une clocharde. Jamais.

L’enfer doit ressembler à ça…..

Une amie, Mylène, a lancé un SOS pour moi sur Facebook. SOS relayé par Jean-Pierre. J’ai reçu l’aide de personnes auxquelles je ne m’attendais pas. Des personnes que je ne connaissais que par le jeu soldier ou des collègues que je ne connaissais que par les réseaux sociaux. Un élan de solidarité qui m’a réconfortée au plus haut point.

Merci à vous tousssssssssssssss .

Par contre, d’autres, n’ont pas bougé le petit doigt. Ou pire, ont fait semblant.

Si je me suis retrouvée sous l’eau, c’est un nettoyage d’hiver qui s’est installé dans les amis. On dit que c’est dans la misère quel’on reconnait les vrais amis. Aujourd’hui, je peux confirmer ce proverbe.

Depuis, je me suis réconciliée avec ma mère. Mais ma sœur, elle, elle peut aller au diable avec sa morale à 2 balles ! Qu’elle vive ne serait que un tiers de mes galères et on en reparlera de sa morale et ses leçons !

Si ma sœur m’avait parlé de son projet d’aller vivre dans l’Aveyron, d’emmener avec elle, ma mère, jamais je n’aurai quitté Annecy, et par effet ricoché, je n’aurai pas eu à venir travailler à Vallauris, cette ville de vauriens, je n’aurai pas eu à démissionner, je n’aurai pas eu à vivre les inondations et toute cette déchéance, sans qu’elle ne bouge le petit doigt.

Elle qui reçoit chaque mois l’aide alimentaire pour ses résidents, jamais elle n’est venue m’apporter un sac de courses, alors qu’elle passait 4 fois par semaine devant ma porte pour monter manger chez ma mère ! Sait elle ce que c’est que de ne plus manger de viande au 15 du mois parce que le porte monnaie est vide, de devoir vendre sa voiture pour payer les factures ?

Non, elle sait pas !

Allez, c’est pas grave, quand on a plus rien, on peut bien perdre sa sœur unique, on est plus à ça près !

Bon vent Madame je sais tout !





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